Au lendemain de la Journée Internationale de la langue maternelle et à quelques jours de celle de l’Éducation bilingue, PsychoEnfants fait le point sur l’apprentissage des langues étrangères dès le plus jeune âge.
Dimanche 21 février avait lieu la Journée Internationale de la langue maternelle. Une journée qui précède de peu celle de l’éducation bilingue, qui se tiendra le 20 mars. Dans notre société, parler deux langues est devenu un véritable atout notamment dans la vie professionnelle. Le gouvernement a bien saisi cet enjeu en accordant une plus grande place à l’apprentissage d’une langue étrangère dès le CP.
Cependant, beaucoup s’interrogent encore sur la meilleure manière d’acquérir une langue étrangère. À quel âge y est-on le plus réceptif ? Celle-ci ne va-t-elle pas interférer avec l’apprentissage de la lecture et l’écriture de la langue maternelle ?

PsychoEnfants fait le point avec Barbara Abdelilah-Bauer, diplômée en psychologie sociale. Après une formation de linguiste et de professeur de langues, elle poursuit des recherches autour du développement du langage et de l’identité de l’enfant bilingue. Elle a écrit Le défi des enfants bilingues : Grandir et vivre en parlant plusieurs langues (Éditions La Découverte).

PsychoEnfants : Y a-t-il des conditions requises pour bien apprendre une seconde langue ?
Barbara Abdelilah-Bauer : Il faut distinguer l’apprentissage d’une langue étrangère du vrai bilinguisme qui se pratique dans les couples mixtes, par exemple, où chaque parent parle sa langue maternelle avec l’enfant dès sa naissance. Pour être efficace, il faut une immersion dans cette langue au moins la moitié du temps. L’apprentissage doit passer par l’interaction avec des personnes dont c’est la langue maternelle. Pour les tout-petits, il faut utiliser cette langue en faisant des activités plutôt que la présenter comme un objet d’étude.

PsychoEnfants : Le langage s’acquiert-il différemment suivant l’âge de l’enfant ?
Barbara Abdelilah-Bauer : Tout à fait. Jusqu’à 5 ou 7 ans, l’enfant s’approprie une langue étrangère de manière intuitive, en l’entendant. Au-delà, il est trop ancré dans sa langue maternelle pour pouvoir en acquérir une autre de manière si innée. La langue sera davantage perçue comme un objet d’étude.

PsychoEnfants : En France, la première langue étrangère est enseignée au CP. Qu’en pensez-vous ?
Barbara Abdelilah-Bauer : On promet beaucoup aux parents, mais ce n’est pas avec le peu de moyens donnés que les enfants deviendront « bilingues », pour reprendre le mot utilisé par le ministre de l’Éducation Nationale. Les professeurs ne sont pas réellement formés et n’ont pas forcément les bonnes méthodes pour enseigner ces langues étrangères.
L’idéal serait un enseignement dans les deux langues, et si possible une autre que l’anglais. Si on apprend l’anglais comme première langue étrangère, on ne fera pas d’efforts pour en apprendre une autre, moins répandue. Au final, parler anglais ne sera plus un véritable atout pour le marché du travail puisque chacun le parlera. On sélectionnera alors les candidats à un poste sur leur deuxième langue étrangère.

PsychoEnfants : Cet apprentissage au CP ne perturbe-t-il pas l’acquisition de la lecture et de l’écriture de la langue maternelle ?
Barbara Abdelilah-Bauer : Non. Cela sensibilise l’enfant à une autre langue. Il s’aperçoit qu’il existe d’autres sons, que d’autres mots peuvent désigner les mêmes objets. C’est une formidable ouverture d’esprit, une autre manière de réfléchir. Il compare ce qu’il apprend. Une étude a démontré que dans les écoles bilingues, le niveau des enfants dans leur langue maternelle s’était amélioré suite à cet apprentissage.

PsychoEnfants : Quels sont les effets du bilinguisme sur le développement intellectuel des enfants ?
Barbara Abdelilah-Bauer : Si l’enfant est bilingue ou trilingue par sa famille, et qu’il s’agit d’un bilinguisme équilibré, on constate des effets bénéfiques d’un point de vue psychologique et cognitif. On note chez ces enfants une forte curiosité pour ce qui les entoure, un traitement de l’information efficace, sans superflu. Ils ont plus de facilités à apprendre une autre langue.

PsychoEnfants : Combien de langues un enfant peut-il apprendre ?
Barbara Abdelilah-Bauer : Autant que cela lui est nécessaire. Si les grands-parents parlent l’italien, le père le russe, et la nounou l’anglais, l’enfant apprendra à communiquer dans leur langue car il est en contact direct avec eux et éprouve un réel besoin à leur parler et à les comprendre. En revanche, si la nounou part, l’enfant peut abandonner sa langue car elle ne lui est plus nécessaire. De même, l’apprentissage est freiné si l’enfant n’y voit aucun intérêt. Le cerveau n’a pas de limites, mais le temps est limité pour tout apprendre.

PsychoEnfants : Des parents qui décideraient de parler anglais par moment à leur enfant pour le familiariser, feraient-ils une bonne chose ?
Barbara Abdelilah-Bauer : Tout dépend de ce que l’on en attend. Si on pense qu’en lui chantant en anglais, l’enfant deviendra bilingue, on se leurre. C’est un processus long et intense, difficile quand on ne maîtrise pas assez la langue, que l’on ne parvient pas à exprimer ses émotions car, à cet âge, tout passe par l’affect. Quand le résultat se fait attendre, les parents se découragent. Mais il est bon de chanter dans une autre langue à son enfant. Cela lui apporte une certaine curiosité. C’est un environnement qui lui donnera envie d’aller vers une autre langue. Et tant pis si on n’a pas le bon accent ! Un voyage dans un pays où l’on parle cette langue est aussi une bonne idée pour stimuler l’enfant…

Pour aller plus loin :
www.enfantsbilingues.com
www.b-a-f-i.org

Des tables rondes avec des experts et des animations pour les enfants sont organisées le 20 mars, inscriptions sur : www.cafebilingue.com

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